La coupe de poids ne commence pas la semaine de la pesée. Pour la majorité des combattants UFC, le processus de weight cutting s’étale sur six à huit semaines et repose sur deux phases distinctes : une réduction progressive de masse grasse par restriction calorique, puis une déshydratation aiguë dans les dernières 24 à 48 heures. C’est cette deuxième phase, la plus risquée, qui concentre les enjeux le jour de la pesée officielle.
Protocole de déshydratation aiguë : ce qui se joue dans les dernières heures
La déshydratation rapide reste la méthode dominante pour atteindre la limite de poids d’une catégorie UFC. Les combattants utilisent des combinaisons de bains chauds, de saunas et de séances d’effort léger en tenue occlusante pour évacuer l’eau corporelle.
L’objectif est de perdre entre quelques kilos et une dizaine de kilos en moins de 36 heures, selon la catégorie visée. Un combattant de la division welterweight (170 lbs, soit environ 77 kg) peut évoluer au quotidien bien au-dessus de cette limite et ne l’atteindre qu’au moment de monter sur la balance.
Le protocole est minuté. Certains athlètes cessent toute prise de liquide 12 à 16 heures avant la pesée. D’autres réduisent progressivement leur apport en sodium dans les jours précédents pour limiter la rétention d’eau, ce qui facilite l’évacuation le moment venu.
Les effets sur le corps sont immédiats : fatigue, crampes, baisse de la vigilance, instabilité à la marche. L’exemple d’Ismael Bonfim, qui s’est effondré sur la balance avant un combat UFC, illustre le niveau de stress physiologique que cette pratique impose.

Réhydratation post-pesée : les protocoles calibrés remplacent l’improvisation
Une fois la pesée validée le vendredi, le combattant dispose d’environ 24 heures avant l’événement du samedi. Cette fenêtre de réhydratation conditionne directement la performance dans l’octogone.
La position stand 2025 de l’International Society of Sports Nutrition (ISSN) marque un tournant dans l’approche de cette phase. Elle recommande de passer d’une réhydratation intuitive (boire de l’eau, manger « propre ») à un protocole structuré par paliers horaires.
Les grandes lignes de ces recommandations :
- Solutions de réhydratation orale riches en électrolytes dans les deux premières heures suivant la pesée, avec une concentration en sodium suffisante pour restaurer l’équilibre hydrique
- Réintroduction progressive de glucides facilement digestibles sur les six premières heures, pour reconstituer les réserves de glycogène musculaire
- Objectif explicite de regagner une part significative du poids perdu avant le jour du combat, sans surcharge digestive qui nuirait au sommeil
Nous observons que les équipes de préparation les mieux structurées intègrent désormais un nutritionniste dédié à la gestion du weight cut et de la réhydratation. Ce n’est plus un luxe réservé aux têtes d’affiche.
Double pesée UFC : un filet de sécurité limité
L’UFC a instauré un système de double pesée. La première, officielle, se déroule le matin. La seconde, cérémoniale, a lieu l’après-midi du vendredi, principalement à des fins médiatiques (face-à-face entre adversaires, diffusion en direct).
Seule la pesée officielle du matin détermine la validité du combat. Un combattant qui dépasse la limite de sa catégorie dispose parfois d’un délai pour retenter. En cas d’échec définitif, les conséquences sont codifiées : perte d’un pourcentage de la bourse reversé à l’adversaire, combat maintenu en catchweight ou annulé selon la marge de dépassement.
Ce système n’a pas réduit la sévérité des coupes de poids. Il a simplement décalé le pic de stress au matin, en laissant la journée entière pour récupérer. Certains analystes estiment que la double pesée a même encouragé des coupes plus agressives, puisque le combattant sait qu’il ne sera pas repesé le jour du combat.

Impact du weight cutting sur la performance en combat
La déshydratation, même partiellement corrigée en 24 heures, affecte des fonctions physiologiques directement liées à la performance en MMA. La littérature spécialisée identifie des effets mesurables sur la force, la vitesse et le temps de réaction.
Un combattant qui n’a pas pleinement restauré son hydratation présente une diminution de sa capacité à soutenir un effort intense sur trois ou cinq rounds. La viscosité sanguine augmente, le débit cardiaque devient moins efficace, et la thermorégulation reste compromise.
Le temps de réaction, paramètre décisif en MMA, se dégrade significativement après une déshydratation sévère. Encaisser un coup que l’on aurait normalement esquivé peut changer l’issue d’un combat. C’est un risque que les athlètes acceptent en connaissance de cause, mais que les instances de régulation tentent de limiter.
Hydration testing et avenir des catégories de poids UFC
Plusieurs commissions athlétiques américaines expérimentent le hydration testing, un contrôle de la gravité spécifique urinaire effectué le matin de la pesée. Le principe : si l’urine du combattant dépasse un seuil de concentration (indiquant une déshydratation excessive), il ne peut pas concourir, même s’il fait le poids sur la balance.
ONE Championship, organisation concurrente basée en Asie, applique déjà un protocole similaire. L’UFC ne l’a pas encore adopté à l’échelle de toutes ses cartes, mais la pression augmente à mesure que les incidents liés au weight cutting se multiplient.
Le débat porte aussi sur la création de catégories intermédiaires. L’écart entre certaines divisions (de lightweight à welterweight, par exemple, soit 15 lbs) pousse des combattants à des coupes extrêmes pour éviter de concéder un avantage de taille dans la catégorie supérieure.
La pesée la veille du combat reste le pivot du système actuel. Tant que les organisations maintiendront ce format avec un délai de récupération de 24 heures, la coupe de poids restera une arme tactique autant qu’un risque sanitaire. Les avancées en protocoles de réhydratation et les expérimentations de contrôle d’hydratation tracent une direction, mais le changement structurel dépendra de la volonté politique des commissions athlétiques et de l’UFC elle-même.

