Un adolescent sur cent cinquante : c’est la probabilité brute, à la louche, d’enfiler la tenue de ramasseur de balle à Roland-Garros. Aucun salaire, mais des milliers de prétendants. Le paradoxe intrigue, questionne la valeur de l’engagement, titille l’idée qu’on se fait du mérite et de la récompense. La formule, pourtant, ne bouge pas d’un pouce : ici, le service ne se monnaie pas.
Le rôle clé des ramasseurs de balle à Roland-Garros
À Roland-Garros, rien n’est laissé au hasard, surtout pas le passage furtif d’une balle sur la terre battue ou la présence discrète des ramasseurs de balles. Plus de 4 000 jeunes rêvent chaque année d’intégrer ce cercle serré, mais seuls 280 d’entre eux, entre 12 et 16 ans, sont retenus. Leur mission : faire circuler le jeu avec une efficacité sans faille, effacer les temps morts, donner au tournoi son tempo unique.
Sur le court Philippe-Chatrier, leur ballet est millimétré. Ils guettent le moindre signe venu des arbitres, s’élancent entre les lignes pour collecter la balle, s’effacent aussitôt, tout en veillant à ne jamais gêner la concentration d’un joueur. Leur tenue officielle, fournie par le tournoi, les rend reconnaissables entre tous, mais leur discrétion reste une règle d’or. La synchronisation entre ramasseurs, juges de ligne et arbitres devient alors la clef d’un spectacle fluide, même lors des moments les plus tendus comme un tie-break ou une finale haletante.
Si la dramaturgie du Grand Chelem tient debout, c’est aussi grâce à eux. Les organisateurs l’ont bien compris : pas question de brader la sélection, ni de négliger la préparation. Chaque candidat apprend à anticiper la trajectoire d’une balle, à se positionner, à encaisser la pression du public et à écouter les consignes. Tout s’enchaîne vite, sans place pour l’erreur. Les ramasseurs de balles ne cherchent pas la lumière, mais leur précision et leur engagement font d’eux un pilier silencieux de la réussite de Roland-Garros.
Combien gagne réellement un ramasseur de balle lors du tournoi ?
À Roland-Garros, la question du salaire ramasseur balle tennis ne se pose même pas : aucune rémunération, pas de gratification financière, même symbolique. Les 280 jeunes en service sur les courts n’ont d’autre statut que celui de bénévole. Pourtant, avec une dotation totale de plus de 53,5 millions d’euros pour les joueurs en 2024, l’écart saute aux yeux. Les primes filent vers les vainqueurs, pas vers ceux qui veillent à la fluidité du jeu.
En échange, les organisateurs misent sur l’expérience et la reconnaissance. Pas de salaire, mais une série d’avantages concrets, fournis par les sponsors et le tournoi lui-même. Les ramasseurs repartent avec un équipement complet, des souvenirs officiels, parfois des invitations pour assister à des matchs de prestige ou la finale. Pas de fiche de paie, mais une mémoire pleine et un CV qui commence à se bâtir.
Voici ce que reçoivent concrètement les ramasseurs de balle :
- Équipement officiel complet : tenue, chaussures, accessoires fournis pour la durée du tournoi
- Repas assurés chaque jour de présence
- Prise en charge du transport entre le domicile (ou l’hébergement) et le stade
- Attestation de participation, un atout reconnu dans le parcours sportif ou scolaire
La valorisation passe avant tout par la sélection exigeante et la visibilité sur les plus grands courts du Grand Chelem. Oubliez toute comparaison avec le salaire moyen en France (2 630 euros nets mensuels) : pour ces adolescents, Roland-Garros reste avant tout une expérience rare, parfois décisive dans un parcours, bien plus qu’une occasion de gagner de l’argent.
Critères de sélection et conditions de travail : ce qu’il faut savoir
Intégrer l’équipe des ramasseurs de balle de Roland-Garros relève d’un parcours exigeant. Chaque année, ce sont 280 jeunes âgés de 12 à 16 ans qui décrochent leur place. Plusieurs filtres s’imposent d’entrée : il faut une licence de tennis à jour, une excellente condition physique, de la réactivité et un sens du collectif affûté. La Fédération française de tennis supervise des journées de sélection, puis une formation spécifique qui passe par la validation de l’ATP et de la WTA.
Pas question de s’improviser ramasseur : chaque geste compte, qu’il s’agisse de ramasser une balle, de la transmettre ou de se repositionner sans jamais perturber le jeu. Le code du court ne tolère aucune approximation. Les jeunes les plus rigoureux accèdent alors aux courts centraux, là où la pression atteint son apogée.
Les étapes du recrutement et de la formation sont les suivantes :
- Examen de dossier et épreuves pratiques sur le terrain
- Licence fédérale de tennis en règle
- Formation de groupe et tests d’aptitude physique
Leur quotidien s’étire du matin au soir, alternant temps forts sur le court et moments de cohésion dans les vestiaires. La fatigue et la tension s’invitent parfois, mais l’ambiance forge des souvenirs tenaces. Sur la scène de Roland-Garros, chaque détail a son poids, du geste le plus banal à la réactivité en cas d’imprévu. Ce n’est pas un simple rôle d’accompagnement, mais une école de rigueur, d’endurance et de solidarité.
Paroles de ramasseurs : expériences et anecdotes du court
Les témoignages des ramasseurs de Roland-Garros dessinent un tableau vivant du tournoi. Ces jeunes, souvent à peine sortis du collège, gardent en mémoire le trac d’un premier échange, la tension d’un tie-break, ou ce moment suspendu où l’on tend la balle à une star mondiale. Beaucoup évoquent l’intensité du regard d’un joueur, la concentration extrême d’un arbitre, ou la chaleur du public qui vibre au ras du court.
Un adolescent raconte avoir dû protéger la ligne de fond sous une averse soudaine, tandis qu’un autre se souvient d’un échange de balles avec une légende, quelques secondes qui valent tous les souvenirs. Un mot glissé par un champion, une casquette dédicacée, et soudain la fatigue s’efface devant la fierté d’avoir participé à l’événement.
Dans leur quotidien, plusieurs faits marquants reviennent souvent :
- Organisation millimétrée pour transmettre les balles entre les points
- Gestion du silence pesant à l’approche d’un service décisif
- Soutien mutuel, discret mais réel, entre les membres de l’équipe
Au fil des jours, la chaleur, la tension, les longues attentes en bord de court forgent plus que des souvenirs : elles renforcent la confiance, aiguisent le sens du collectif, et laissent une empreinte durable. On ressort de Roland-Garros différent, peut-être un peu plus grand, avec la certitude d’avoir vécu une aventure hors du commun. Qui sait, parmi ces jeunes, combien choisiront un jour de revenir sur le court, cette fois, raquette en main ?


